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Dialogue des latitudes : de la vie sans soupçon

— Si la phrase est dite avec la voix d’une autre, mes pensées bougent, mon humeur plus légère. Je m’approche. J’ai quelque chose à sentir. Je ne déplace pas, je ne remplace pas, je n’ai pas peur. J’ai envie de découper les dates, les images, étendre une figure. J’ai appris à ranger, fabriquer du dedans, serrer. Tenir des pensées contre moi. Soigner un endroit pour chercher, une arrête dans le monde. J’avais retenu que nous étions différents. De quelle manière elle ne l’avait pas dit. Différents. Elle entretenait une idéologie de la différence qui donnait une forme de super puissance. Une force invincible que j’avais finie par transformer malgré tout au fil des années en doute et analyse. Nous n’avions pas le droit au soupçon. Tout, mais pas le soupçon. Ni question ni dialogue, il n’y avait que des réponses. Il n’y avait qu’une réponse, implicite, secrète, partagée en infra-verbal, une sorte de monument indiscutable et sans commentaire : vivre.

La panique ne nous a jamais quittés.

Nous ne savions pas quoi faire de ce "vivre". Autoritaire. Impératif. Elle avait signé un contrat, respectait ses engagements, et ne passait pas à côté de la vie. La seule chose qu’elle avait à nous dire c’est qu’elle était vivante, il n’y avait pas de question à poser et personne n’en posait. Vivante, oui. Des rivières de plaisirs, réjouissances, des merveilles auraient pu défiler dans nos têtes, nous paniquions à l’idée qu’une chose grave était arrivée. Et de fait, comprendrons-nous plus tard, elle était bien arrivée.

Tu vois ce que je veux dire ?

— Je vois.

 

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le dimanche 5 janvier 2014