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Dialogue des latitudes

 


— Tu ne me demandes rien... Voici ce que je te dirais si je te parlais de ce silence. J’ai d’abord la voix qui plonge, grave, souterraine. Une voix de caverne prête à prononcer toutes les vérités de la terre. La voix est logée dans le bas de l’oreille, on s’affaire à trouver un meuble qui puisse lui servir de support où poser ses coudes pour le moment de l’allocution, quand elle sortira, ou bien un siège qu’il faudrait surélever pour que les graves portent à la mesure de la vérité qui est à dire. Tout le corps est là, à l’intérieur de l’oreille, le reste immobile. Autour fourmille d’incertitudes, d’inquiétudes, les vérités vont durer combien de temps, selon quelle étendue ? Faites de la place, de la place s’il vous plaît ! Mais vous ne voyez pas qu’une vérité va passer ? Les informations n’ont pas été communiquées, " les informations n’ont pas été communiquées", les robots le répètent dans un climat de panique. Personne n’a encore trouvé de meuble, de siège, pour l’annonce des vérités. Tout le monde cherche un meuble, un siège, sans comprendre pourquoi seule la voix des robots " les informations n’ont pas été communiquées" occupent l’espace. Il n’y a plus d’objets. Les gestes et les mouvements les cherchent. Il y a une voix prête dans un monde devenu batracien. L’eau amortit le son, les corps sont lisses et agiles, le genre est fluide. La voix répète "les informations n’ont pas été communiquées ". Le meuble, le siège, n’existent pas. La vérité tourne rageuse avec un ronflement d’hélicoptère dans le fond de l’oreille. La transparence de l’eau glisse dans mon œil, je me frotte le bout des doigts en ouvrant les yeux. J’étends le bras pour sentir l’articulation intérieure de mon coude. Du coude, une autre histoire commence.

 

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le mardi 10 décembre 2013