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L’héritage de la chouette de Chris Marker : une aventure

Dimanche dernier, 15 décembre, au Centre Pompidou, j’assistais à la projection des 13 épisodes de "l’héritage de la chouette", émission réalisée pour la télévision en 1989 par Chris Marker et consacrée à la Grèce antique. On connaît le chat de Chris Marker, mais avant lui, la chouette, symbole de la sagesse, parsème les entretiens avec les spécialistes de la Grèce antique. Difficile de faire passer, ici, dans cet article, depuis le clavier de mon ordinateur, et la fenêtre "texte" de l’interface Spip sur laquelle j’écris directement en ligne ce commentaire, difficile de vous faire ressentir mon émotion dans cette projection de 5 heures sur un sujet dont je ne suis, comme vous peut-être, pas plus, pas moins, spécialiste. Pas spécialiste, mais très vite attirée par l’idée de ce que Chris Marker pouvait faire d’un tel sujet, et disons que le résultat fut pour moi une expérience aussi forte que l’Abécédaire de Gilles Deleuze.


Tenter de vous dire ici pourquoi ? Ramener l’intensité de ce que cela m’a apporté aux cours de grec que j’ai suivis au collège, non ce n’est pas de ce côté là. Aller voir du côté de mes études de lettres et de quelques fréquentations à travers elles de la mythologie grecque, pas beaucoup plus. Non, ce n’est pas l’héritage scolaire ou mon cursus qui nourrit ce pétillement devant "l’héritage de la chouette", c’est bien une prise savoureuse, un accès vivifiant. Ce quelque chose dans le rapport à la connaissance qui en fait une conversation, avec tout ce que cela comporte de plaisir de la parole, d’intimité, de jeu et de dialogue des pensées. Nous sommes dans un cheminement, une aventure qui prend soin de philosopher sans philosopher, d’apprendre sans apprendre. C’est une pépite pédagogique, une émulation qui réussit le pari de ne pas vous faire sentir étranger à une grande distance de chez vous, et de vous y reconduire une fois le monde parcouru.


Alors, oui, reprendre Henri Michaux et dire avec lui qu’"il faudrait détruire la Sorbonne et mettre Chris Marker à la place". Dire avec Agnès Varda qu’ "on a tous quelque chose de Chris Marker". Parce qu’on a tous envie d’apprendre autrement et d’apprendre partout, et pas seulement à la Sorbonne, pas seulement dans les cours magistraux de la pensée, mais aussi dans ses obliques, ses décalages, détournements et surprises. Rendre à ce savoir de cours magistral un visage familier, une chair, une vitalité. C’est avec tout ça et d’autres choses plus silencieuses auxquelles il me faudra repenser que j’ai été émue par cette série télévisée et que j’en rends compte ici, dans cette aventure à ma taille que se veut être la "grande menuiserie".

Si vous souhaitez visionner les épisodes de "l’héritage de la chouette", sachez qu’ils sont accessibles en ligne sur le site http://gorgomancy.net/ développé par Chris Marker.
Les images des chouettes ont été prises pendant la projection. Le chat et la carte postale, vous les reconnaissez peut-être, sont tirés du coffret "Tout(e) Varda". Le chat de Chris Marker est collé sur la vitre de la fenêtre à travers laquelle je regarde en levant les yeux de ce clavier. J’ai assisté à la projection avec Annick et Denis. Aujourd’hui, où je finis cet article Annick m’a offert une chouette. Elle en avait aussi offert une à Denis, passionné par Chris Marker qui m’avait parlé de la projection. Décidément, oui, on a bien tous quelque chose de Chris Marker.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le mercredi 18 décembre 2013