Linguisterie générale et autres menuiseries

Accueil > DES PAROLES ET DES PLANS > How to make anything : flou et bricolabilité

How to make anything : flou et bricolabilité

Mardi 17 décembre, à la Maison du citoyen de Fontenay-sous-bois, j’assistais à une journée sur l’internet solidaire. L’information m’avait été relayée par un contact sur Twitter, je me suis inscrite en ligne et j’ai participé gratuitement en m’initiant au monde du numérique libre et citoyen. J’ai d’abord été séduite par le graphisme simple et moderne du programme et du site internet qui me donnait envie de participer naturellement, un peu comme on essaie un vêtement qui nous plaît. Sur place, je me suis spontanément dirigée vers le Fablab. Ce mot m’attirait comme un joli rêve, une aire de jeux. Il signifie laboratoire de fabrication. Je me sentais démunie et remuée par le potentiel d’inventivité que j’avais sous les yeux. Je me suis approchée, telle une Alice dans le pays des merveilles, de l’imprimante 3D qui gravait un pot à crayon. Sur la table, le designer diplômé en école de graphisme, exposait l’appareil photo qu’il avait fabriqué lui-même. L’idée de faire exister un vrai appareil photo avec une imprimante 3D me tapait dans le cerveau comme la "création d’Adam" et l’index de Dieu pointé vers Adam dans le plafond peint par Michel Ange dans la chapelle Sixtine. Je ne sais pas si vous visualisez bien cette image.

La présentation de l’animateur me ramène à point nommé dans la définition du "Do it yourself" et la conception des "Tiers lieux". L’atelier "faire soi-même et avec les autres" commence. Par petits groupes nous concevons un projet solidaire qui utilise les technologies numériques. Je manque du vocabulaire de ces projets mais je reste connectée avec mes mots. La journée se clôture par une restitution active. Une vidéo de danseuses latino-urbaines stimule nos esprits, le temps limité à quelques minutes. Chaque membre d’une équipe porte une boîte en forme de lettre et bouge avec pour lui donner du mouvement. Il s’agit de "wiki", ou peut-être "e-inclusion" ou "sérendipité". J’imagine bouger aussi le "sonnet des voyelles" d’Arthur Rimbaud. Une urbaniste exprime son désaccord avec le "show" de la restitution et reprend des mots de la journée les désignant "branchés", en créant un léger malaise. Le présentateur demande ce que veut dire "opendata". Une éducatrice nous propose d’applaudir les jeunes en réinsertion qui ont suivi et filmé la journée. Un petit pot de miel nous est offert, fabriqué par une association de Fontenay-sous-bois. Je repars avec le dossier "Citoyens d’une société numérique" du Centre National du Numérique. Des références à approfondir, dont Chris Anderson. Je ne suis pas experte ni inexpérimentée, je me familiarise avec un lexique, un vocabulaire. Le maîtriser c’est s’intégrer à la communauté qui innove, ne pas le maîtriser c’est rester à côté. Entre les deux, entre dedans et dehors, entre ce que j’apprends avec plaisir, les nouveaux outils et nouvelles formes que je découvre, et ce que je reçois avec le pli de l’âge d’une femme adulte de 2013, ma différence, il y a cet incroyable force des mots tels que "How to make anything", comment fabriquer presque n’importe quoi, bricolo-créateur, bricolabilité, des expressions qui me plaisent énormément et que je loge ici pour en saisir quelque chose. Que me dit, à moi, ce jerricane plastique qui n’est autre qu’un ordinateur fonctionnant sans habillage ? Il me renvoie à Chris Marker et cet instant où il est question, dans "l’héritage de la chouette", du flou en philosophie. Une corneille attrape une boîte en carton et la secoue malhabilement avec son bec pour en retirer à l’intérieur le morceau vif dont elle veut se nourrir. Etre bricolo-créateur ce serait quelque chose de ça, comment fabriquer quelque chose de vivant avec son bec, dans le flou des temples de savoirs, de technicité, de richesses, dans le grand flou de la vie.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le jeudi 19 décembre 2013