Linguisterie générale et autres menuiseries

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Something is happening, Virginie Gautier / vases communicants


Something is happening
On prend ça pour une expérience
On prend ça pour de l’écriture
On donne ça
Est ce que tu comprends ?
Something is happening, alors là
but you don’t know what it is
Et pourtant tu comprends
La part de moi subite qui se met en mouvement sans contrôle
Une autre la rattrape lentement

Tu comprends qu’il faut une certaine dose de silence, un creux bien installé
Il faut une retraite qui soit de tous les jours
Il faut passer l’ennui, passer l’envie, passer tout ce qui passe
Garder le reste - c’est de l’après qu’il faut
On fait avec les rêves aussi, avec tout ce qui nous tombe sous la main
(elle fait un pas et hop) (disparue dans l’eau) (je me précipite pour la repêcher)
(c’est sûrement trop tard) je me réveille
On se réveille et on garde bien l’obscurité à l’intérieur de soi
Et on garde bien l’inexpliqué
On fait avec les forêts aussi
À Paimpont, une semaine, on a marché dans la forêt, des jours sombres, la nuit on en rêvait
C’était il y a 20 ans peut être
On fait avec tout ce qui nous tombe sous la main
Quand je dis on, c’est l’on du corps, celui de l’expérience commune
C’est très concret
On garde ça à l’intérieur de soi, pour après
Après le rêve, après l’après, à l’aube
À l’aube donc, on entre dans sa petite menuiserie, au milieu de la forêt
On entre dans ce qu’on a commencé à poncer la veille
On passe le bras sur les copeaux
On s’en met partout
Dans la lumière maigre (on n’allume pas) on s’attache, on s’attelle
On abat, on absorbe, on gaspille, on consume, on crève, on dépense, on dilapide, on fatigue, on vide, on épuise
Dans sa petite menuiserie, on travaille à épuiser quelque chose en soi
On cherche un endroit où aller depuis toujours, tu comprends ?
Depuis toujours on cherche un endroit où aller et puis on ouvre cette porte
Il y a des bois de cerfs et un bloc de sable qui tient debout
Résistance du talus, consolation des grands espaces
Something is happening, oh, presque rien
Un horizon pour border mon cœur
une consolation
(elle prend sa main)
On recommence toujours tout
On accumule les brouillons – comprenne qui pourra — les brouillons, les ratures, les gageures
On croit fermement que c’est ainsi que quelque chose viendra (si quelque chose doit venir)
Arrivera (si quelque chose peut arriver)
Happen, Happening
Tiendra, un instant dans l’instant, dessaisi
Tu aspires un filet d’air pour réussir à t’immobiliser
Tu comprends
Et tu ne bouges pas
Merci, pour cette immobilité.



Sans se le dire comme tel, nous avons dans ce vase communiqué tissé-croisé, déplacé nos espaces web Virginie et moi à la lisière de ce qui était chez l’une et l’autre . Ce fut un plaisir partagé de se déposer, arbre et voyageur, en terre inconnue et familière. Mon texte est à retrouver sur son Carnet des départs. Merci de nous avoir suivies.
L’ensemble des échanges du mois est à suivre ici : http://rendezvousdesvases.blogspot.fr/

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le jeudi 6 mars 2014

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