Linguisterie générale et autres menuiseries

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Ventre des jours




















Je replonge dans les notes d’un vieux carnet. Il a presque vingt ans. L’énergie des phrases, des citations, je la garde intacte. J’aime bien la colère, l’injonction à s’émanciper de ces notes. Ces zones d’intimité revêche, où auraient-elles pu trouver leur place ailleurs qu’ici ? Difficile de faire vivre mon indocilité, accepter ma différence, la repérer, l’apprivoiser.

Ma vie est restée fermement fidèle à ce petit carnet bleu alors qu’il ne tient qu’en un petit rectangle de papier. Je le feuillette en pensant au compagnon poète que j’ai rencontré l’année de mes 20 ans. La vie prenait une consistance nouvelle avec la poésie. Un peu comme les phrases inscrites dans ce carnet bleu sont venues donner du corps, de l’énergie au quotidien. Nourrie de lecture, d’écriture sans bien savoir pourquoi mais y allant. Chômage, boulot à temps partiel, mais aussi études clandestines de la littérature ( l’A.N.P.E. n’autorisait pas la reprise d’études universitaires). Maison retirée au fond des bois. Une drôle de vie hors des sentiers battus, marginale. En résonnance à ce petit carnet bleu.
J’ai pris peur des carnets. Leur intériorité explosive. Leur puissance de désir, leur poussée.

Mes carnets sont passés de la forêt de Paimpont à Paris où j’habite aujourd’hui. Je les ai apprivoisés, comme mon métier, bibliothécaire, son rythme, ses contraintes. Quelqu’un m’a dit un jour que j’étais une « galérienne ». Sans mes carnets, la poésie, la littérature, j’aurais sans doute suivi un parcours ordinaire. Mais ils sont là, mon besoin de faire autrement, mon souffle. Je les garde vivants.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le jeudi 7 mars 2013