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Chapitre 1 : L’oeil du filet à papillon sur la révolution industrielle

En galopant à la vitesse où le paysage défile en lignes floues, commencer par saluer les impressionnistes d’un signe de la main, brin d’herbe à la bouche et sifflement : les saluer un jour où nous profitons d’un coin de campagne - de campagne, oui, et non d’espace périurbain - au moment des moissons, les champs céréaliers dégagés, quelques bottes (encore rectangulaires et de petit format) empilées au bout de la parcelle en attente d’être chargées puis remisées dans les granges. En début de soirée, enfourcher un vélo, sillonner les vastes étendues les odeurs de blé, le soleil couchant sur la parcelle renforcée de couleurs chaudes. C’est la fin de la journée, l’activité est suspendue jusqu’au lendemain, la circulation et les bruits du jour tombés avec le coucher du soleil. Un calme du début de soirée sur ce champ moissonné traversé à vélo dans les sensations du couchant : espace, couleurs, et sons simultanés "se répondent".

Où sommes nous ? Qui parle ? Qui peint ? Est-ce la situation des "correspondances" baudelairiennes ? (synesthésies - rapport du monde matériel et spirituel...) Nous serions dans ce cas en 1857, année de la publication du poème "Correspondances". Nous écririons l’art poétique du poème "correspondance"... Est-ce le cas ? Le paysage flotte. Il faudrait relire le poème...

Nous sommes une vingtaine d’années plus tard : en 1874. A Paris. Renversons d’un geste scandaleux la peinture académique. Le motif est flou ! Le motif est fou ! Flotte dans la liberté des nuances de couleur, de formes, de matières. Une femme aurait soulevé sa robe et montré ses dessous au grand jour, pour composition du paysage tout aux sensations exposé avec la fougue du droit à faire rentrer la peinture en extérieure et son dérèglement du pinceau dans le cadre enferré dans les conventions de la peinture académique sur "motif". La bande de mauvais garçons - dite "impressionniste" par brin de moquerie dans la revue Charivari dont un critique quasi oublié par l’histoire chronique l’oeuvre - sort les chevalets de l’atelier. Adieu aspect stable de la composition : le mouvement embarque dans la peinture. Drapeau "moderne" qui flotte au bout du champ juste moissonné comme pour dire "l’oeil voyage".


«  Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872  » par Claude Monet — Inconnu. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons -

Il faudra décaler l’heure du tableau du soir au matin pour rentrer dans l’histoire avec un grand "isme", déplacer le cadre du terrain agricole au port. Maintenir l’optique des sensations sans céder à l’autorité du bien-montrer la forme de toute chose. Baigner dans les "impressions". 7h35. Port du Havre. 1872. Révolution industrielle. Monet risque sa carrière en raison du filet à papillon qu’il s’est glissé dans l’oeil à peindre les choses comme il veut les voir. "Impressions soleil levant". Un filet à papillon qui remet en cause la norme de l’institution culturelle, ses "croyances", valeurs établies, étiquetées. Nous y sommes. En 1872. 2 ans avant l’"exposition des impressionnistes" à Paris. A l’époque où un filet à papillon dans le regard suffisait à produire le scandale. Où une peinture plus libre et spontanée, en extérieur, plein air, en contact direct avec les choses, déclenchait les foudres académiques.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le dimanche 9 août 2015