Linguisterie générale et autres menuiseries

Accueil > PETITS PAS PLASTIQUES > Chapitre 6 : "secouer le gros du moment" avec Mallarmé

Chapitre 6 : "secouer le gros du moment" avec Mallarmé

Mario Diacono, ‘JCT 1, a MeTrica n’ABOOlira’, 1968, (San Francisco : Futura Press)

Telle une comète littéraire, le fameux "Coup de dés" de Mallarmé - titre complet : "Jamais un coup de dés n’abolira le hasard" - traverse l’esprit des lecteurs d’un coup de baguette magique qui fascine de 1914 à aujourd’hui (une petite veilleuse).

Je ne me souviens pas si ce poème est étudié dans le secondaire. De mémoire, cabriole du romantisme au symbolisme. Lamartine, Baudelaire, Verlaine. Saut au surréalisme : Breton et l’écriture automatique sauve la littérature des esprits adolescents volontaires mais facilement contrariés par la rime officielle et le calcul versifié.

Certes, Mallarmé sacralise la littérature comme personne, Le coup de dés est fétichisé. A l’heure des réseaux sociaux, on se demande bien ce qu’une telle parole peut avoir encore à nous dire.
Mallarmé, en dehors des initiés, a tout de ce qui rend aujourd’hui "un livre comme je ne les aime pas" (expression de l’auteur).

Certes. Aux côtés du solennel Mallarmé les futuristes ont un élan vers le bruit, la fougue verbale, la fantaisie et la contestation qui nous le rendent presque flou.

Y revenir.
"Quant au livre : Action restreinte". "Dire c’est faire" en 1897. Modernité. Action restreinte. Humilité.

Retenons quelques axiomes :

"secouer le gros du moment"

"Le sens enseveli se meut et dispose, en choeur, des feuillets."

"L’instant : matériaux de confrontation à quelques rêves"

"Cet isolateur, avec pour vertu, mobile, de renouveler l’inconscience du délice sans cause."

"Mentale denrée"

"Interception, notez - "


Luigi Russolo, Réveil d’une capitale (1914)

"Un solitaire tacite concert se donne, par la lecture * La Poésie, proche l’idée, est Musique, par excellence (...)"


Stéphane Mallarmé, Un coup de dés jamais n’abolira le hasard (1897 - publié en 1914)

Poème du comme si : extrait

"Un coup de dés jamais n’abolira le hasard"

COMME SI
une insinuation simple
au silence
enroulée avec ironie
ou
le mystère
précipité
hurlé
dans quelque proche tourbillon d’hilarité et d’horreur
voltige autour du gouffre
sans le joncher
ni fuir
et en berce le vierge indice
COMME SI"

L’immédiat, autre forme d’une distillation abstraite de la denrée mentale : "Le coup de dés" invite à faire seuil, abstraire, par immersion dans le faire sens et non en produire. La suspension du jugement pour la matière mentale s’entend en lien avec l’innovation musicale en écoute de structures non harmoniques, avec les recherches futuristes sur la saisie de la vitesse, les recherches dadaïstes en matière d’immédiateté du signe (présentisme, poème-affiche, liberté typographique), les recherches de la peinture sur la structuration cubiste des formes. Cet enchevêtrement des arts en quête du renouvellement d’une optique héritée de la Renaissance, est quelque chose d’essentiel. Les avant-gardes des années 60 nous sont peut-être plus familières, avec multiples réécritures du "Coup de dés" dans l’art conceptuel, l’hélice matricielle des années vingt est d’une vitalité inépuisable.

Consultez la carte mentale de ma petite histoire de l’art

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le vendredi 21 août 2015