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Lecture d’ "une saison en enfer"/ Arthur Rimbaud

Partie 1
[p. 123 - 124]

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l’ai trouvée amère. - Et je l’ai injuriée.

Je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

Voix : Nolwenn Euzen
Musique : "Papa N’Yaye" composition originale de Marin Favre, compositeur, performeur

Partie 2 : Mauvais sang
[p. 124 à 127]

On ne part pas. - Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l’âge de raison - qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.

C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégouts et mes trahisons.

Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère.

Musique : "Artane control 2mg", composition originale de Marin Favre, compositeur.
Durée : 9’50

Partie 3 : Mauvais sang - suite
[p 127 - 131]

Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte que ceux que j’ai croisés ne m’ont peut-être pas vus. (...)

Je n’ai jamais été de ce peuple-ci, * je ne comprends pas les lois ; je n’ai pas le sens moral, je suis une brute (...)

Connais-je encore la nature ? Me connais-je ? Plus de mots (...)
L’horloge ne sera pas arrivée à ne plus sonner que l’heure de la pure douleur ! (...)
Vite ! Est-il d’autres vies ? (...)

La vie est la farce à mener par tous."

Musique : "La douleur" Improvisation au violon de Marin Favre, compositeur, interprète
Durée : 12’53

Partie 4 : "Nuit de l’enfer"
[p.131 à 134]

Je me crois en enfer donc j’y suis.

Je suis esclave de mon baptème.

L’enfer ne peut attaquer les païens c’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant de par la loi humaine. (...)

L’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’haure. Je ne suis plus au monde.

Musique Originale de Marin Favre, compositeur, interprète, performeur : "La douleur" improvisation au violon et "Papa N’Yaye"
Image : Linolog II, linogravure de Pierre Alechinsky et logogramme marginal de Christian Dotremont
Durée : 7’34

Partie 5 / Délires : "Vierge folle" - L’époux infernal
[ p.134 à 139]
Lecture à voix nue sans musique
Durée : 11’19


Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde.

Je me ferai des entailles partout le corps. Je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol, tu verras je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. (...)

Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu’en chercher, me répliquais-je.

J’étais dans mon âme comme dans un palais qu’on a vidé pour ne pas voir une âme si peu noble que vous : voilà tout.

Partie 6 / Délires 2 : "Alchimie du verbe"
[ p.139 à 141]
Musique originale : " Papa N’Yaye" de Marin Favre, compositeur, interprète, performeur
Image : Pierre Alechinsky, Asger Jorn "Je rêve, tu rêves, nous rêvons"
Durée : 5’34

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J’inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et avec des rythmes instinctifs, je me flattais d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Partie 7 / Délires 2 : "Alchimie du verbe" - suite
[ p.141à 145]
Musique : "Artane control 2mg" composition originale de Marin Favre, compositeur, interprète, performeur
Durée : 9’51

La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.

Je disais adieu au monde dans d’espèces de romances.

J’aimais le désert, les vergers brulés, les boutiques fanées, les boissons tièdies. Je me trainais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m’offrais au soleil, dieu de feu.

Oh ! le moucheron enivré à la pissotière de l’auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon !

Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartai du ciel l’azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d’or de la lumière nature.

Elle est retrouvée !
- Quoi ? - L’éternité.
C’est la mer mêlée
Au soleil.

Partie 8 / Délires 2 : "Adieu"
[ p.151 à 152]
Musique : Marin Favre, composition originale
Durée : 4’54

Je me revois la peau rongée par la peau et la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment...

Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre !

Oui, l’heure nouvelle est au moins très sévère

Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent (...)
Il faut être absolument moderne.
Point de cantiques : tenir le pas gagné.

* Les numéros de page sont donnés dans le volume paru aux éditions Gallimard. Collection poche Poésie / Gallimard (1984)

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le mercredi 11 novembre 2015