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"Quand bien même" d’Isabelle Bonat-Luciani / Les carnets du dessert de lune - 2016

« quand bien même » : où l’absence est relancée contre elle-même, coupée au pied de son autorité. En verts brefs : des étreintes, en prose : des tensions. Parfois le point ne clôt pas mais tombe. On entend le son noir, un coup de l’inquiétude. De promesse, de moment heureux, de cœur, de vies parallèles et d’herbes floues on sait qu’ « elle courait vite vers d’autres paysages » (la mère). Et aussi qu’ « on reste là à attendre quand même au cas où reviendrait en mémoire ce jour où la chaleur qu’on aurait su garder au creux d’une distance viendrait se déposer dans une caresse qui n’est jamais venue ». Pas le temps d’étendre, à la page suivante la prose parlera droite, un ton plus fort. Qu’un peu de colère vienne redresser « le balluchon en carcasse ». Ce n’est pas nommer qui compte, mais suivre le jeu des manques à mi-chemin entre une circonstance et une émotion sans que le réglage ne précise plus loin lesquelles. Et le poème gonfle de son secret. « Demain on te dira ça a toujours été lui / demain on te dira maintenant ça ne change rien. Demain on te dira qu’il n’y aura rien à dire de plus / Et surtout qu’il ne faut rien dire du tout. (…) Demain à son chevet / il y aura un secret qui dort. » Des attitudes enfantines disent les adultes plus tendres. A la question « il va où l’amour quand il s’en va ? » on emmêle plus loin une réponse possible : « dans les phrases / où leur verbe si fort / a fait naître / des éclaircies de présent ». Les trois derniers poèmes offrent une clôture brillamment orchestrée sur un beau premier recueil à lire à petite vitesse pour apprécier toute la valeur de l’interstice*.

* dernier mot du livre, dernier mot de ma note.

Quand bien même , Isabelle Bonat-Luciani
Éditions Les carnets du Dessert de lune, printemps 2016.
75 p. ; 12€. Dessin de couverture : Éric Pessan.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le dimanche 19 juin 2016