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[-] Avril, Julien Boutonnier / avec des peintures de Nelly Bonnefis ; Les éditions du marchepied, 2016

Julien Boutonnier publie ces jours-ci Type T1 Bis aux éditions numériques Gwen Catala Editeur. Auparavant, c’est avec Ma mère est lamentable (Editions Publie.net) que l’on pouvait découvrir sa langue singulière, travaillée par l’extrême, à l’incise des buttées mortifères.

Si le livre compte bien sûr, et [-] Avril l’affirme à nouveau, au sein des éditions du Marchepied produites pour le projet par l’auteur, les textes de Julien Boutonnier peuvent se lire par fragments publiés sur son blog / peut-être / et partagés sur les réseaux sociaux. Une sorte de donnée à ciel ouvert qui court au fur et à mesure de son élaboration et s’ajuste en livre ou en performance.

L’expérimentation typographique de certains textes expose une raison graphique au plus juste de l’expression. Jamais la forme n’intimide, le geste l’emporte. Le lecteur semble accompagné dans les blancs, les espaces vides, comme si rien ne pressait.
Avec [-] Avril, le tempo est différent. Endosser les drames de son époque, les prendre dans sa voix quand ils l’engorgent nécessairement pourrait en dissuader le récit. Ici le texte s’ancre dans l’héritage concentrationnaire et le présent migratoire, lié en nouvelle catastrophe morale. L’auteur les emmène où son texte s’écrit, les emmènent où nous sommes, et nous en sommes là aussi, quelque part avec nous, fusillés quotidiennement par la brutalité. Un immense paradoxe de douceur et de colère se fait entendre à notre portée.

En brèves séquences linéaires entrecoupées de barres obliques, le texte tient la cadence d’un choc avant d’énumérer. Au bout du texte il y a des noms. La narration s’opère en parfaite connivence avec les peintures de Nelly Bonnefis où terre et trait, matière brute et entailles graphiques abstraites, libèrent des traces, des silhouettes.

[-] Avril, on l’aura compris, vient après la ponctuation muette des événements qui rendent sourds, mais ne cessent de faire entendre.

Extrait :

" On a été personne / on a manqué à l’appel de nos noms / on a manqué à l’appel de tous les sentiments de l’homme et de la femme / on a été le gouffre d’avril / on a été la mort et on a été la vie dans un seul chant / et personne ne nous a entendus / et pas même nous / on est revenus / pour voir ce qu’on était devenus / on ne s’est pas reconnus / nos corps avaient changé / ils avaient pris des forces / ils se tenaient debout / "

[-] Avril, Julien Boutonnier, Nelly Bonnefis
Les éditions du marchepied, 11€ (à commander directement auprès de l’auteur)

Une performance du texte était donnée vendredi 23 septembre à la librairie "Oh les beaux jours" à Toulouse. Enregistrée par Facebook live elle est diffusée et réécoutable sur le réseau.

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le samedi 24 septembre 2016