Linguisterie générale et autres menuiseries

Accueil > INVITATIONS & COMPLICITES > Jean-Louis Giovannoni > La discontinuité dans la continuité ou comment tenir dans le temps

La discontinuité dans la continuité ou comment tenir dans le temps

 

Jean-Louis Giovannoni
Colloque de REIMS : « Politiques de l’Hospitalité », 1er et 2 juin 2012

 

Aux Bloggeuses et Bloggeurs du GEM « La Locomotive »

 


Avant même de commencer, se pose ici la question suivante : le titre de mon intervention ne pourrait-il pas être lu aussi de façon inversée ?


Essayons :

La continuité dans la discontinuité ou dans le temps comment tenir.

Tout à fait. Les deux titres semblent entraîner une foule de questions. Aussi peut-être les développerai-je tous deux ? L’un étant la réponse de l’autre et inversement qui sait ?
Quant à la suite : ou comment tenir dans le temps ou dans le temps comment tenir suppose que les notions de continuité et de discontinuité soient inscrites dans le temps et peut-être qu’elles en sont son mouvement ?

En choisissant ce titre, je suis conscient de croiser aussi deux notions chères à la Psychothérapie Institutionnelle : la continuité et la discontinuité. Elles sont bien plus que des concepts, elles devraient être au centre de nos pratiques de soins. Car sans elles comment penser même soigner ?

Comment entrer en contact avec la différence et l’altérité irréductible de l’autre sans le figer dans du même. Le semblable, celui du vis-à-vis, de l’incontournable face à face, ainsi que le soi-même : tous deux doivent être traversés par de l’étranger pour qu’ils puissent se rencontrer sans fusionner ni se confondre ; pour qu’ils puissent s’instituer dans une relation de sujets.

Ce préalable exige, en quelque sorte de notre part, une révolution permanente qui interrogerait toute forme d’installation, de la grande aisance que nous avons à coller aussitôt à ce qui est connu, jusqu’à la reproduction systématique à l’identique de nos gestes et de nos postures habituelles.

Tout ça, il faut s’en débarrasser (et ce travail est à refaire tous les jours) pour pouvoir entendre ce qui dans la rencontre nous met au monde et ce qui nous sépare en tant que sujets radicalement distincts.

Finalement, la question centrale est la suivante : comment chacun est au monde ? Comment chacun est à son monde et que peut-il en dire ?
Donc comment est-on sujet de sa langue. De cette langue que personne d’autre ne parlera. Sans équivalence possible.

Langue de chacun, à la mesure de l’homme ou de la femme qui la parle qui la vit. Langue unique de chacun avec laquelle il faut inventer un espace de rencontre et d’échange, un entre-deux qui parle d’une langue intermédiaire, une langue intime et désintime à la fois qui vous place dedans et dehors en même temps.

Inutile de dire quel travail de création permanente suppose cet espace entre, et ce travail est à faire par tous les protagonistes qu’ils soient soignants ou patients. Et ça il faut l’être !


Les malades que j’ai eu la chance de rencontrer dans ma carrière d’assistant social m’ont ouvert à toute cette réflexion. J’ai appris aussi de mes collègues assistantes sociales, infirmiers et infirmières, psychiatres et psychologues, mais aussi et surtout du Dr Hélène Chaigneau qui m’a révélé, à sa façon, comme un Socrate de la psychiatrie, comment la rencontre vous accouche et alors ce que penser veut dire.

Nos échanges m’ont permis de faire liens entre l’assistant social et le poète que j’étais. Hélène Chaigneau questionnait souvent les deux. Non par complaisance – ce n’était pas son genre – mais parce que ces deux pratiques se nourrissaient l’une de l’autre ; et qu’interroger le geste de l’écriture dans sa fabrique, dans son surgissement premier, permettait d’interroger en elle quelque chose de la continuité et de la discontinuité à l’œuvre. En direct. En actions directes.

L’écriture poétique comme ma pratique d’assistant social, rencontrant des personnes souffrant de troubles mentaux, tous deux interrogeaient : l’appui ; le rythme ; le suspens ; l’arrêt ; la continuité ; le maintien, le contenant et le contenu…
Mais aussi : la discontinuité qui offre de nouveaux possibles et qui est au centre de toute création, y compris celle de nos vies… De même l’inverse : le manque d’appui, d’installation, de lieu où poser sa valise ou se poser en soi ; la perte ou l’indécidable … Ou encore : le non-rythme, la non-inscription, l’impossibilité d’arrêter ou de suspendre quoi que ce soit ; l’obligé du continu sans aucune effraction possible ; la règle appliquée à la lettre et le vide sans fin… Etc. Etc. (1)

Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais emprunter quelques chemins de traverses et ouvrir Le Littré pour voir ce qu’il nous dit – sport qu’Hélène Chaigneau pratiquait en permanence.

Voyons :

Continuité : État de ce qui est d’une seule tenue. La continuité des parties.

Il y aurait donc des parties qui feraient continuités et ça d’une seule tenue.
Mais qu’est-ce qui permet aux parties d’être liées entre elles ?

Continuons, si je puis dire.

Discontinuité : Défaut, absence de continuité.
Là c’est le défaut qui est sûrement à interroger. Quoique absence de continuité ne soit pas non plus négligeable.

Mais c’est l’adjectif Discontinu, dans ce dictionnaire, qui attire mon attention. La définition en est la suivante :

Qui n’est pas continu (d’accord), qui offre des solutions de continuité.

Là, je reste pantois.
C’est écrit noir sur blanc, page 1748 du Littré : le discontinu offre des solutions de continuité (???)

Donc c’est compris dedans ?
Quelle générosité ! Moi qui croyais que dès que ça discontinuait, c’était coupé pour toujours. J’allais écrire : fini pour toujours !

Bon. Il faut en déduire la chose suivante : la perte est une solution (???)
Mais ce qui taquine encore mon attention c’est : qui offre ( ?)
Cela sonne comme un possible. Une potentialité qui n’est pas obligée de. Mais quand même…
Tout ça c’est dans le sens commun de solution.

Une voix me suggère d’aller voir aussi du côté de la traumatologie. Effectivement, la définition de fractures, dans le « Larousse médical », est la suivante : (du latin frangere, rompre). – Solution de continuité d’un os ou plusieurs os, consécutive à un traumatisme…Etc.
Solution serait à prendre ici comme une dissolution de la continuité d’un os.
Dans cette approche le terme de solution donne au discontinu, de notre Littré, un côté quelque peu paradoxal. Car la solution, en traumatologie, est une perte de continuité d’un os, de son intégrité.
À moins que nos chirurgiens ne soient mus d’une anticipation reconstructrice qui leur ferait penser que dans la fracture (la solution de continuité) se tiendrait la capacité des os à se reconstruire.
Quittons la chirurgie et les mauvais coups !
La discontinuité permettrait alors un arrêt salutaire ? Une sorte de frontière embarquée dans l’affaire ? Incluse. Du bord en somme.
Là où ça s’arrête, ça contiendrait, contiendrait ce qui précède, l’empêchant de se déborder, de se diluer en pure perte ?
Ainsi, cette action butoir, donnerait un lieu à tout mouvement, comme un retour possible. Un rapatriement. Un lieu où enfin se tenir inscrit.

Tout ça me fait penser à cette belle phrase du Philosophe Jean-Luc Nancy lue dans son article : « Rives, bords, limites (de la singularité) » où il écrit la chose suivante :

« La limite est donc l’intervalle, à la fois écarté et sans épaisseur, qui espace la pluralité des singuliers, elle est leur extériorité mutuelle et la circulation entre eux. » (2)
Là dans l’écart quelque chose s’offrirait, attendrait d’être convoqué, se tenant dans une potentialité ; une potentialité ne cherchant qu’un signe…

L’écriture ne fait guère autre chose : elle travaille toujours avec des ruptures et des continuités, toutes deux à l’œuvre en chaque mot, aux passages de chaque mot ; où chacun tient sa place où l’arrêt de l’un, sa fin, permet l’ouverture du suivant. Et ainsi de suite.

Un point n’est, en fait, que l’anticipation d’une suite ou de ce qui pourrait suivre. C’est aussi une annonce et un suspens ; un avant, avant de replonger et de reparaître dans l’émergence de la nouvelle phrase. Ici ou là – question de tempo !
On appelle cela le sens. Dans le sens de direction, de prendre sens, de s’orienter. Et chaque signe nous engage dans un sens ou dans un autre. Nous déplace. C’est de ce mouvement dont il est constamment question dans la langue. Langue parlée qui fait entendre cette énergie en mouvement, et l’écriture qui la spatialise, la rend visible et quasiment palpable.

Le point n’est donc pas une fermeture, ni une voix qui baisse d’intensité à l’approche du final. À bout-touchant. Non. Le point est une montée, une montée de sol ; l’appui qui vient au pas suivant sans même qu’il ait été appelé à comparaître, faisant signe avant tout. En somme, compris dans le mouvement. Créant ainsi son unité de parcours…

Le blanc dans le poème, tant utilisé dans la poésie contemporaine et ça depuis Mallarmé, Apollinaire en passant par André du Bouchet, plus près de nous, et tant d’autres encore, et bien ce blanc est à lire et non à ignorer. Ce n’est aucunement un non-lieu, une évaporation, mais bel et bien le parcours sous-jacent de mots et de phrases qui se taisent, se retiennent.

Bord aérien du blanc. À jamais voix du silence.

Tension invisible à l’œil nu et qui pèse de tout son poids sur ce qui doit apparaître. Les suivants. Ceux qui succéderont. Car un mot appelle toujours. N’est jamais isolé. Unique. Il rameute. Attire à lui autant qu’il prend distance. Distance nécessaire pour exister.
L’extérieur tel que nous l’envisageons, est un contenant.
On ne sort pas à l’extérieur : on entre toujours. Passant ainsi d’un contenant à un autre contenant.
Serions-nous le contenu de tout cela ?
Aucune réponse.
Lettre suit (à écrire comme on veut).

La pratique de l’écriture n’est pas sans provoquer quelques turbulences chez ceux qui désirent s’y adonner. Poésie ou prose qu’importe.
À regarder de plus près, le poème est d’un seul tenant ou plutôt de portion continue. Il est continu jusqu’à quel point ?
Vient le moment où il doit cesser. Le roman aussi à une fin, me direz-vous ? Disons que le poème porte l’affaire à un degré paroxystique. Comme si la fin était en lui avant même qu’il ne commence à s’inscrire et que l’arrêt menaçait sans cesse ses mots, ses phrases. D’où sa fréquente brièveté. Sa densification ou le lâchage systématique de pans entiers de phrases ; de passages à la ligne et de blancs.

En fait, le poème est plus souvent le produit d’une soustraction que d’un cumul. Le poème c’est ce peu de chose qui tient en peu et qui contient toujours trop, tout en disant plus qu’il n’y paraît.

Après avoir dit tout cela, en quoi l’écriture de poèmes peut-elle faire l’objet d’une pratique de groupe, d’un atelier d’écriture avec des patients ?
J’ai, à plusieurs reprises, eu la chance d’écrire avec des patients dans des ateliers d’écriture. Ma dernière expérience s’est faite dans le cadre d’un Gem. Étrangement, on me demanda de travailler avec eux au projet d’un « Polar » (2). Bien que très éloigné de mon espace habituel, j’acceptai avec joie.

Mais avant de plonger dans cette aventure, écrite à une vingtaine de mains au minimum, le groupe voulut, pour la « Semaine de la santé mentale », écrire des textes courts pour pouvoir les lire à cette occasion. Là, ce furent en général des poèmes qui sortirent de nos stylos.
Mais pourquoi le poème dont nous avons vu qu’il se situe plus du côté de l’intermittence que du déploiement (si cher aux romanciers), attire-t-il autant les patients ?

Pour faire une pause, j’évoquerai ici une petite anecdote personnelle.

Un jour, la bibliothécaire de l’Hôpital de Maison-Blanche, me sachant écrivain, me posa la question suivante :
- D’après vous, quel genre de livres est le plus emprunté par les patients ?
Sans même réfléchir, je dis : - Les romans ! – Non. - Alors : les romans policiers ? – Encore non. Et là, tout y passa. Du récit de voyage à l’almanach en passant par les guides de voyages et de jardinage… Et plus je pataugeais, plus je la voyais sourire. – Pourtant, vous, vous devriez savoir… Je n’osais.
- Allez dite-le ! - La poésie ? – Eh bien oui ! Et de très loin devant tous les autres genres.

Les patients n’étaient pas les seuls à priser la poésie. Quelque temps après la révélation faite par notre Bibliothécaire, je fis l’expérience de plusieurs ateliers d’écriture en milieu carcéral (Clairvaux, Anger). Ces personnes privées de liberté lisaient non seulement de la poésie mais aussi en écrivaient avec une telle énergie et nécessité que leur vie même s’emblait en dépendre.

Avant de tenter une réponse, revenons à notre « Polar ».
Ce dernier a été écrit de façon magistrale par les patients et les soignants qui coanimaient le groupe avec moi. Quelques pages plus loin, un problème se posa rapidement à nous. Après trois ou quatre séances d’atelier, la continuité d’effort nécessaire à l’écriture de notre « Polar » et le suivi narratif des personnages commença à clairsemer notre groupe. Au fur et à mesure que nous avancions, le groupe des enthousiastes du début fondait comme neige au soleil. Pourtant notre « Polar » continuait à s’écrire. Aux absents (disons absents par intermittence – ce qui est à étudier de plus près) succédèrent de nouveaux venu(e)s. Il y eut ainsi trois ou quatre vagues d’écrivains tout aussi décidés que les premiers. Dans le même temps, il persistait un noyau dur composé de trois ou quatre irréductibles qui furent présents quasiment du début à la fin.

De temps à autre, un membre du premier groupe ou du second réapparaissait. Manifestement, ce lieu d’écriture les attirait, même s’ils ne s’y installaient pas durablement. Comme si le temps nécessaire à l’écriture de notre « Polar » (7 séances), les exposait un peu trop à un continuum obligé et angoissant ; une turbulence venant du fait d’écrire longuement un même texte avec ce que cela suppose de retours, de reprises et de corrections éventuelles.

Certains patients que l’écriture en prose n’attirait pas outre mesure, me dirent à plusieurs reprises, qu’ils souhaitaient, en fait, écrire de la poésie, alors qu’ils étaient manifestement doués aussi pour l’écriture romanesque.
Que faut-il en déduire ?

Première chose : la pratique de la prose ou de la poésie ne peut être en aucun cas retenue comme l’unique cause des absences ou des présences de certains. C’est une évidence. Il suffit pour cela d’avoir partagé avec les patients ces moments de rencontre et d’écriture pour en être plus que persuadé.
La vie de chacun donnant bien d’autres raisons à leur absence. Là c’est une certitude.
Quant au résultat final : il est magnifique ! Surprenant m’ont dit mes ami(e)s écrivains après avoir lu notre « Du Rififi à Carnegie » (3).
Il est vrai que la lecture de ce « Polar » dégage une grande énergie et une joie d’écrire ensemble. Un grand sens de l’humour aussi.

Mais penchons-nous sur l’architecture de ce livre et l’écriture de chacun. On peut y voir, dès les premières pages, une construction textuelle polyphonique, qui permet à la fois d’entendre les voix de chacun mais aussi de les bouger dans un même ensemble. Ces voix distinctes n’affectent en rien le déroulé de l’intrigue et encore moins sa cohérence. Là aussi - c’est compris dedans !
Donc ça fonctionne. Parfaitement. Mais comment ?
Simplement, en introduisant (au moment de la reprise finale) une fiction dans cette fiction, ayant bout but de coudre les voix entre elles et les redistribuer chacune dans leur registre propre, et ça parmi les autres, sans jamais soumettre aucune d’elles à des normes égalisatrices.

Cette fonction d’arrimage crée et maintient, tout au long de la lecture, un fil narratif ténu et suffisamment résistant pour que puisse se retenir et se dégager, en même temps, le mouvement d’écriture de chacun.
Le résultat donne évidemment un texte hybride, mais pas un seul instant on ne peut dire qu’il est ennuyant ou incompréhensible. Au contraire, il se lit d’un seul trait comme une partition à plusieurs voix qui ferait entendre un chœur dont toutes les lignes de voix seraient portées par un même mouvement musical.
Là, sans aucun problème, nous pourrions conclure.

Mais discontinuons encore un peu, pour aiguiser votre attente et vous livrer à quelques dernières définitions du Littré.

Continu : Dont les parties se tiennent sans solution. Étendues, quantité continue. Etc.…

Le continu offrirait, donc de par sa nature, une bonne tenue de ses éléments.
Vous me direz, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Oui. Car ça va de soi. Mais voyons ce qui suit.
Dont les parties se tiennent sans solution. Le continu serait alors un continuum composé d’une matière ne pouvant jamais se relâcher un tant soit peu, sans aucun vide possible. Une sorte de plein-plein, homogénéisé. En somme : le continu jusqu’à perpète !
Peut-être que tout ça n’est pas assez individué ? Ne se distingue pas d’un bout à l’autre ? Si tant est qu’il y ait un bout dans cette histoire ou ne serait-ce qu’une amorce pour ailleurs…

Je commence à y croire de moins en moins au continu, vue sous cet angle.

Mais pourquoi le continu est-il incapable de se trouver une solution ?
J’allais écrire : une résolution. Mais une résolution n’est pas forcément une solution ? Loin s’en faut.
Que veut dire solution alors dans ce cas ?
Me vient aussitôt à l’esprit : trouver des solutions de sortie ; où est la solution du problème ? La solution est donnée en fin de page…
Précipitations en tous sens. Ça turbine ! Ça bout !
Manifestement c’est angoissant.

Calme.

Et regardons de plus près.
Si la discontinuité est un défaut (au sens où ça ferait défaut), n’oublions pas la définition donnée par le Littré, à propos du discontinu : qui offre des solutions de continuité.
Le discontinu serait la réponse à donner au continu pour le sortir de son enfermement.

(Silence)

Revenons donc à notre histoire d’écriture.

Si nous appliquons ce que nous avons mis en relief précédemment, il nous est impossible de dire que l’écriture est un continuum sans fin, une sorte de robinet ouvert laissant écouler ses mots ; sans aucun contenant pour les recueillir, les redistribuer et leur donner place, contenance. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’entre eux la séparation est à l’œuvre, que l’entre-deux qui s’affiche les tient et les sépare. Ou plutôt parce qu’en les séparant il les maintient dans un même mouvement.

Représenter ce qui n’a pas, qui ne doit pas… Voilà la fonction première des mots, des phrases. De toute la langue. Non pas comme une illusion mais comme faisant figure de réel. D’indirect. Car rien ne peut être vu de front. En prise directe. Nous n’en dirons pas plus.

Quant à la tenue dans le temps, il est indéniable que tout peut s’y loger. Bien. Mais comment se retrouver dans tout cela ? C’est le rôle que joue la trace. : situer. Dire où se tient le passage et de quoi il est fait. De quelle énergie, de quelle présence particulière peut-il se réclamer ?
Tout est, en fait, dans un présent narratif pour celui qui lit. Car tout présent comporte une succession mais aussi une relance dans le ici-même de l’instant qui partage les singuliers et les fait communiquer entre eux.

Les mots sont des mouvements reconduits. Le sol. Sol toujours à venir. La promesse d’appui qui nous fait avancer.
L’arrêt d’un mot, c’est le possible d’un autre. Tout mot porte en lui héritage et succession

« Les mots sont des vêtements endormis » a écrit un poète.
Pour les faire sonner à nouveau, les sortir de leur sommeil – il faut les agiter !
En tout sens, jusqu’à faire remonter leur pulpe.
Ma non troppo !

Ce qui peut être angoissant dans l’écriture, c’est qu’elle convoque autant de possibles que d’impossibles en même temps. Ce qui fait pas mal de monde aux croisées des chemins.
Lequel prendre alors ou ne pas prendre ?

Mais écrire n’est pas une simple convocation.
Écrire, c’est aussi couper. Couper court à. En finir avec.
C’est donc toujours une perte et un gain.
Tout dépend dans quels sens se fait cette lecture.
Écrire est toujours un devenir…

 

Eh alors cette chute – elle vient !

Jean-Louis Giovannoni

 

Notes

« Que fait-on quand on écrit ? » Colloque du Point de Capiton, 10-11 novembre 2011 : « Entre rêve et création, le fil rouge de l’infantile ». (A paraître aux Editions Champ social).
« Rives, bords, limites (de la singularité), paru dans la Revue Arches n°3, 2002, accessible aussi en ligne.
« Du Rififi à Carnégie » a été publié par le Gem « La Locomotive » à Reims en 2011. Il faut aussi signaler une 2ème version (entièrement réécrite pour des lectures publiques), Reims 2012. **
(Colloque de REIMS : « Politiques de l’Hospitalité », 1er et 2 juin 2012)

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le dimanche 7 avril 2013