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Le la hors de sa portée, Franck Queyraud / Vases communicants

 


Je ne sais pas si l’état de flânerie n’est pas hors de ma portée… aujourd’hui. Rien que d’y penser… à la flânerie où je pourrai succomber, celle de demain ou à celle de dans deux jours, cela me met dans cet état de tension qui est propre à la flânerie. Pourtant, rêveur, serai, plutôt. Inadapté. Décalé, plutôt. Ne sais plus si, en définitive, la flânerie n’est pas hors de ma portée. Ce la là. Contemplatif nerveux... conviendrait mieux. Dirait mon intranquillité, permanence de l’intranquillité. Et cette contradiction depuis toujours d’être calme et serein, malgré tout… Comment expliquer ? La haine permanente contre nous… la trahison difficile à digérer... Et ce mot d’intranquillité que le dictionnaire ne reconnait même pas malgré le livre éponyme et magistral du poète. Il y a des choses étranges que je ne comprends plus. L’intranquillité reste notre bien le mieux partagé. La flânerie apaiserait. Simplement, en la disant, en prononçant son nom. La course dans les flux, dans tous les flux, ceux de la vie quotidienne et ceux des tuyaux du web contredisent assidûment mes désirs, mes souhaits de lenteur, d’observation et à la fin de repos ou de détente. J’aimerai fuir. La fuite n’est pas une fuite, contrairement à ce que l’on peut en penser. Toutes les voix du passé me le disent. Je lis. Je flâne. Cela dépend de mes lectures. Je me promène. La flânerie est tout à la fois une disparition momentanée dans l’espace et une symbiose totale avec cet espace le temps de cette disparition. Il n’est pas si souvent présent ce moment, ce temps de la flânerie possible, nécessaire à cet état de tension qui permet aux sensations de quintupler leurs effets. Il faut donc disparaître, apprendre à disparaître, se faire oublier, être un élément visible du paysage tout en étant invisible pour les autres, disparaître, même si difficile, difficile de se faire oublier. Les disparus, seulement ont réussi, contre leurs volontés. Disparaître mais être tout à la fois en parfaite syntonie avec tout ce qui compose cet univers dans lequel nous nous mouvons. La flânerie serait lente et solitaire. Une flânerie dans le cours du fleuve des flux jamais ne stoppant est-elle simplement imaginable ? Une flânerie à plusieurs. Je ne sais plus si je suis un flâneur. Un réel flâneur. Je n’ai plus de temps. La tombé de sa portée. Je suis de plus en plus fatigué. J’ai tentation de jeter tout, tout ce qui me rattache à ce temps de non-flânerie. Je suis de plus en plus fatigué. Même si mon corps est reposé, réagit au quart de tour, accélère quand il le faut, ralentit ou court. Heureusement, le dard de la curiosité me pique sans relâche. La flânerie est courbe, nécessairement. Pensée courbe qui se matérialise dans ma réalité, soudain. Et soudainement, en suis conscient. Elle suit les volutes de fumées de ma pensée, et puis s’évapore, dérangé suis-je, constamment. Ou me mettant souvent en dérangement tout seul, de mon plein gré. Accusé les autres ne sert à rien. Le peu de libre arbitre que nous possédons provoque souvent des enchevêtrements indénouables. L’état de flânerie n’est plus sur ma portée. Las. Aujourd’hui, c’est nouvel an. Le temps des crispations est antinomique du temps de la flânerie. Qui est temps musical. Et la mémoire des disparus n’empêche plus, de nouveau, la montée de l’intolérance. Las. Je flâne donc me suis.

Silence.

 


Vous pouvez poursuivre la lecture et retrouver mon texte croisé en allant flâner sur http://flaneriequotidienne.wordpress.com/ où me reçoit Franck Queyraud dans cette session d’août des vases communicants. L’arborescence de l’ensemble des échanges est accessible ici http://rendezvousdesvases.blogspot.fr/. Belles journées dans les arbres.

 

écrit ou proposé par Nolwenn Euzen mise en ligne le vendredi 6 septembre 2013